jeudi 28 juin 2012

De l’instrumentalisation de l’opinion à l’instrumentalisation d’un procès « spectacle »


La dénonciation par la Justice d’une stratégie de manipulation de l’opinion

Le procès ouvert le 14 Mai à Nanterre contre Jacques Servier et ses co-prévenus, annoncé comme gagné d’avance par les parties civiles, a été reporté dès le 21 Mai. Le tribunal correctionnel de Nanterre a décidé le report du procès pénal, après avoir jugé « sérieuse » une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) soumise par les avocats de Servier, qu’elle a décidé de transmettre à la Cour de cassation. Pour faire simple, la défense de Servier conteste la possibilité d’être jugé en citation directe à Nanterre alors qu'ils sont mis en examen pour les mêmes faits de tromperie aggravée au TGI de Paris et que nul ne peut être jugé deux fois pour le même délit.

Le tribunal de Nanterre a jugé que les droits et libertés de la défense pouvaient être mis en cause « puisque les prévenus (...) de Nanterre par voie de citation directe, mis en examen pour les mêmes faits (...) à Paris ne pourraient par exemple pas produire des pièces couvertes par le secret de l'instruction ou placées sous scellés », n’autorisant pas le tribunal à « juger dans le respect des droits des parties ni de garantir un procès équitable ».

Si le point de droit soulevé est important, le préambule développé par la juge, Isabelle Prévost-Desprez, pour motiver sa décision, constitue un évènement d’égale importance dans le traitement médiatique, tant il se montre exceptionnellement dur à l’endroit des avocats de parties civiles. La juge dénonce l’instrumentalisation d’une procédure à des fins de communication médiatique et au détriment de toutes les règles d’un procès pénal :
  1. « Il n’appartient à aucune partie de décider ni d’imposer son calendrier, fût-il médiatique ou judiciaire, en bafouant les règles fondamentales du procès pénal »
  2. « Il ne saurait être imposé à aucun juge (…) un dossier tronqué au motif que la justice doit passer vite et donc dans n’importe quelles conditions »
  3. « Il n'appartient pas aux parties de dicter leur décision aux juges en instrumentalisant l'opinion publique.»
La charge est lourde, et dénonce une atteinte grave aux principes mêmes du droit et au fonctionnement de la Justice.

Du procès de Nanterre aux procès de Moscou
L’intérêt de ces commentaires réside dans leur singularité : c’est la première fois qu’un tribunal dénonce publiquement une manœuvre de manipulation de l’opinion publique ; ce premier procès que tous les médias présentaient comme le début de la fin pour Jacques Servier et son groupe, se révèle être une gigantesque manœuvre d’instrumentalisation de l’opinion. Les commentaires de la juge dénoncent une stratégie de communication, dont nous avons pu antérieurement mettre en évidence les ressorts et les acteurs, qui ne se limitent manifestement pas aux seuls avocats des parties civiles. Le procès de Nanterre devait constituer le point d’orgue d’un procès déjà mené tambour battant dans les médias ; ne manquait que la confirmation spectaculaire d’une culpabilité proclamée depuis 2 ans dans les medias, par une condamnation pénale qui semblait être acquise … C’est l’inverse qui s’est produit, lorsque la Justice, par l’intermédiaire de la juge Isabelle Prévost-Desprez, est venue brutalement rappeler aux avocats, aux medias et à certaines personnalités, qu’elle ne saurait être manipulée et qu’elle était garante du respect du droit.

La réalité judiciaire et son impartialité sont venus heurter de plein fouet ce qui apparaît rétrospectivement comme une construction fictionnelle magistrale ; les nombreux articles qui avaient « étayé » au cours des mois les certitudes sur la culpabilité de Servier, apparaissent dès lors, pour ce qu’ils sont : les pièces d’une gigantesque manipulation de l’opinion dont la validité est clairement ébranlée :  expression d’opinions « péremptoires » et « intéressées » de personnalités politiques, divulgation opportune et partielle de pièces de l’instruction en cours et de « pseudo » preuves, témoignages « anonymes » d’anciens employés, publication de « projections » statistiques dont la méthodologie est largement critiquée … C’est la validité et la crédibilité de centaines de publications médiatiques, qui sont ainsi brutalement remises en question.

Fait sans précédent, en condamnant une stratégie de communication, le juge en valide l’existence. Ce qui est dénoncé n’est pas une simple manipulation technique, mais le dévoiement de la procédure pénale, l’instrumentalisation de l’opinion persuadée d’une culpabilité que la Justice n’a pas encore établie, et que les détracteurs de Servier se faisaient forts de faire reconnaitre sans preuves. Au-delà, c’est l’instrumentalisation du procès de Nanterre qui a été condamnée par la juge ; un véritable procès « spectacle » où se pressaient nombre de journalistes dont les premiers articles laissent peu de doute sur leurs convictions que les jeux étaient faits, et qu’ils venaient rendre compte d’une mise à mort. Le procès de Nanterre prenait dangereusement des allures de procès de Moscou.

Comment passer de l’offensive à la défense ?

Suite à la décision de report, les commentaires des avocats des parties civiles et de personnalités comme Irène Frachon ou le député Gérard Bapt, éclairent d’ailleurs les intentions qu’ils poursuivaient à travers cette procédure, risquée sur le plan judiciaire mais extrêmement payante sur le plan médiatique. Au-delà des arguments développés sur la nécessité d’un procès rapide dans l’intérêt des victimes, il s’agissait d’obtenir une première condamnation publique à grand spectacle, permettant de consolider les positions avant le procès de Paris qui s’annonce moins facile qu’annoncé. Il s’agissait aussi de lancer un avatar de « Class Action », une procédure n’existant pas encore en droit français mais qui constitue une revendication importante de la part d’un certain nombre de groupes de pression politiques ou associatifs.

La désignation et la dénonciation par un juge, d’un dispositif de communication et d’influence patiemment mis en place par les opposants les plus actifs des Laboratoires Servier, met à mal une stratégie de manipulation qui par essence, devait rester cachée. Il était donc logique que le dévoilement de la stratégie d’instrumentalisation de l’opinion attire l’ire de ces acteurs à la manœuvre qui n’ont pas tardé à adopter une stratégie défensive coordonnée.

  • Ainsi, Gérard Bapt  ex-coprésident de la mission d'information sur le Mediator et la pharmacovigilance a-t-il suggéré dès le 21 Mai, que « l'objectif final est que ce dossier ne puisse venir que dans des années devant un tribunal » . http://www.apmnews.com/Mediator-pas-de-proces-avant-au-mieux-2013-NS_226185.html
  • Irène Frachon, la pneumologue brestoise à l’origine de l’affaire, et qui devait témoigner lors du procès, se voit offrir dès le 26 Mai, une tribune par le Nouvel Obs dont l’implication partisane sur l’affaire ne se dément pas (l’article est par une « auteur parrainé par Sophie Des Deserts », dont les articles sur Servier relèvent systématiquement moins de l’information que de l’influence bien comprise). Elle se livre à une charge sans concession contre la juge dont elle suggère que la position relèverait « d’un étonnant règlement de compte personnel » et contre le fonctionnement de la Justice  qui « ne daignerait pas s’écarter de sa sérénité pour instruire et sanctionner » et dont les juges auraient voulu, « une fois encore, s’abriter derrière des questions de procédure »  : des déclarations malencontreuses dont on ne peut que souhaiter qu’elles soient dictées plus par le dépit que par une conception « expéditive » de la Justice.
    http://leplus.nouvelobs.com/contribution/558696-proces-du-mediator-repousse-les-victimes-abasourdies-et-moi-aussi.html
  • Enfin, dès le lendemain, le 27 Mai, ce sont les principaux avocats des parties civiles, Martine Verdier, Charles Joseph-Oudin et François Honnorat, qui mettent en cause la juge Isabelle Prevost-Desprez dont ils n’ont pas apprécié la position très critique à leur endroit, et qui veulent obtenir son dessaisissement, alors même qu’ils en louaient il y a peu l’indépendance et l’impartialité. Le président du tribunal de grande instance de Nanterre ne voit pourtant aucune faute de sa part … http://www.lejdd.fr/Societe/Justice/Actualite/La-juge-du-Mediator-Isabelle-Prevost-Desprez-est-soupconnee-de-partialite-514262/

Cette dénonciation gêne également les medias, qui ont sans cesse privilégié l’émotion et l’exercice spectaculaire du lynchage médiatique au détriment de toute rationalité et analyse critique.
Ainsi, la plupart des medias, peu enclins à se déjuger, rendent-ils compte d’un report du procès « pour une question de procédure », voire d’une « victoire procédurale pour Servier » avec l’objectif affiché de « gagner du temps » : une posture d’information minimaliste sinon tendancieuse, qui tente de maintenir la fiction et le suspens d’une lutte entre « David et Goliath », le défenseur du « bon droit » et des valeurs contre un monstre puissant et procédurier… En matière de Presse, les explications simplistes sont, semble-t-il, toujours les meilleures, et permettent de faire l’économie d’une remise en question des nombreuses publications et prises de position partisanes antérieures.

De la fable à l’information
Pourtant, les éléments d’information susceptibles de nourrir le débat et d’éclairer l’affaire ne manquent pas sur le Web ; on les trouve sur des sites et des blogs spécialisés bien loin de la rhétorique journalistique des Medias Mainstream, et ils se montrent extrêmement critiques vis à vis des manœuvres des opposants à Servier, sur le fond comme sur la forme. Les critiques se répartissent sur plusieurs thématiques :

Le principe de la citation directe initiée par les avocats des parties civiles devant le tribunal de Nanterre, avaient fait depuis longtemps l’objet d’interrogations sur son bien-fondé, sinon de critiques sans concession, notamment de la part d’avocats et de spécialistes du droit … Elles n’avaient, bien entendu, pas fait l’objet d’un minimum d’attention de la part de la Presse, dont les journalistes ne se montrent décidément ni très curieux, ni très critiques ….

Sur le site de Riskassur, ( http://www.riskassur-hebdo.com/actu01/actu_auto.php?adr=2205121729 ) la procédure de citation directe est jugée inappropriée et déconseillée en l’espèce « D'une manière générale, une citation directe aboutit rarement à une condamnation, faute par son auteur de réunir l'élément de preuve de la constitution du délit pénal invoqué, en l'absence d'une enquête diligenté par le procureur de la République et sans intervention d'un juge d'instruction. », et présentant des risques pour les plaignants, de perdre la caution versée et de s’exposer à être condamné au paiement des frais de justice.

Sur le Blog « Les Actualités du Droit » tenu par Me Gilles Devers, la charge est encore plus critique ( http://lesactualitesdudroit.20minutes-blogs.fr/archive/2012/05/22/mediator-le-naufrage-d-une-procedure-spectacle.html ). Dans un article publié le lendemain de la décision de Nanterre, il fustige tout à la fois :

- Une procédure vouée à l’échec : « Le 14 Décembre (date fixée de l’audience relais) On verra… ce qu’il reste de cette malheureuse citation… ».
- Les motivations des avocats des parties civiles à avoir engagé une procédure de citation directe distincte de la procédure instruite au pôle Santé du TGI de Paris : « Ne racontons pas d’histoire : c’est un truc d’avocat pour passer à la télé ».
- La réalité d’un procès qualifié de « tronqué » par la juge elle-même : « L’évidence, c’est le procès tronqué. On coupe artificiellement une part du dossier, avec quelques victimes consentantes, et ont fait un petit procès en espérant avoir une première condamnation avant les autres … on focalise sur Jacques Servier alors qu’il y a bien d’autres intervenants, et que se pose de plus en plus la question de l’AFSSAPS ».
- les risques majeurs encourus par les parties civiles « embarquées dans cette aventureuse affaire » : «  …si la citation directe est médiatiquement belle, elle est juridiquement fragile … Aussi, les victimes prennent un risque insensé en se privant du dossier d'instruction, et elles s'exposent à perdre le procès sans avoir fait valoir tous leurs arguments ».

Ce cas illustre, s’il en était besoin, le problème de la crédibilité d’une information par les medias Mainstream qui relève désormais plus d’un principe et d’un mécanisme de propagande et d’influence, que d’une mission d’information des citoyens. Au-delà, la révélation et la dénonciation d’une stratégie d’instrumentalisation de l’opinion impliquant à la fois des politiques et des Medias, a rarement été mise au jour de manière aussi limpide ; elle promet à court terme, une bataille homérique dans laquelle l’ensemble des acteurs impliqués risquent très gros en terme de crédibilité et de réputation.


mardi 15 mai 2012

MEDIAS ET PROPAGANDE A TRAVERS LE CAS SERVIER


Le procès de Servier pour « tromperie aggravée » vient de s’ouvrir Lundi 14 Mai ; ce volet juridique qui procède d’une citation directe, est controversé dans la mesure où une autre procédure est instruite sur le fond au tribunal de Paris ; Les avocats de Servier ont soulevé deux questions prioritaires de constitutionnalité, tandis que certaines parties civiles craignent que la procédure de Nanterre, si elle avait une issue défavorable aux parties civiles, n’ait un effet désastreux sur l’instruction parisienne.

Néanmoins, c’est depuis le début de cette affaire, la première réelle occasion pour les Laboratoires Servier, de se défendre face à leurs opposants et de faire valoir leurs arguments, après une campagne politique et médiatique particulièrement bien orchestrée. Il va donc être intéressant de suivre cette confrontation et le traitement médiatique qui va l’accompagner.

Nous avions rendu compte, dans de précédents articles, d’un certain nombre de manœuvres d’influence répertoriées sur l’année 2011, allant de l’emploi de robots mangas pour relayer des messages en masse, à la rédaction d’articles à charge « étonnamment » bien relayés dans les médias, en passant par des stratégies de Community management sur les réseaux sociaux.

Sur le premier trimestre 2012, l’offensive « anti-Servier » se poursuit, mais semble accuser une baisse d’intensité, naturellement commandée par le contexte de l’élection présidentielle (dont nous nous attachons d’ailleurs à constituer un corpus indépendant afin de tester nos modèles d’analyse sur le champ politique). Cependant, il semble également que les « adversaires » des Laboratoires Servier se trouvent confrontés, pour la première fois, à des réactions de contradicteurs sur le Web (en particulier sur Twitter).


L’émergence d’une timide opposition au discours dominant sur l’affaire Mediator.

Si les contenus et la tonalité des articles des grands médias ne varient pas et demeurent unanimement hostiles (avec une proximité formelle des textes entre les différents medias qui interroge d’ailleurs fortement la différenciation des titres entre eux, et la logique de production des contenus d’information), les contenus des commentaires, blogs et forums sont moins monolithiques et font état de débats et d’affrontements sur les différents volets de l’affaire.

Ils témoignent de la dimension politique sensible du « scandale sanitaire » qui est notamment véritablement instrumentalisé par les partis de gauche (du PS au front de gauche) durant la campagne. Ils révèlent également le début d’une remise en question des contenus postés par les medias Mainstream, soit qu’ils soient trop monolithiques et trop ouvertement hostiles sans distance ni analyse critique dans leurs prises de position, soit qu’ils fassent des « erreurs » et propagent des rumeurs et des informations sujettes à caution.

Parmi ces critiques émergentes dénonçant une opération de « propagande » et de manipulation médiatique, on peut identifier un certain nombre d’acteurs :

-          Des Salariés de Servier, qui s’affrontent sur Twitter avec leurs moyens limités mais parfois efficaces, à des détracteurs de leur entreprise, dont une partie est manifestement constituée de Community Managers agissant sur commande et une autre, de personnalités mettant leur influence au service d’intérêts économiques (des laboratoires concurrents de Servier) et/ou politiques (plutôt dans la mouvance du PS).

-          Des militants politiques, marquant l’utilisation de l’affaire Mediator dans la campagne présidentielle.

-          Des profils « citoyens » moins aisément identifiables et relativement hétérogènes, qui interrogent dans blogs, forums et commentaires, les partis-pris des medias sur l’affaire, et pointent leur constance et leur unanimité troublantes malgré des péripéties et de nouvelles informations qui contredisent pour le moins les « thèses officielles » construites au cours des derniers mois.

-          Des professionnels de Santé, relativement rares à prendre la parole sur une affaire qui les concernent pourtant directement (question de l’engagement de leur responsabilité sur les prescriptions hors AMM du Mediator, conduite de la réforme du médicament, faillite de l’Afssaps …).

Pour autant, si ces positions critiques sont relativement nouvelles, force est de constater qu’elles ne se développent que sur les medias sociaux, et n’ont qu’un poids médiatique extrêmement faible.



Un système d’influence puissant au service de la « propagande » anti-Servier.

Ce constat met en exergue la puissance d’un dispositif d’influence anti-Servier qui associe Community Management, relais d’influence et contrôle des medias Mainstream sur le Web. Il constitue également un indice fort d’existence soit d’une stratégie coordonnée, soit d’une convergence entre des intérêts différents mais complémentaires. En effet, les différents développements de l’affaire Mediator au cours du temps (sur le plan juridique, politique, économique, sociétal, médical …) révélant des points et des positions contradictoires, auraient dû logiquement introduire les termes d’un débat critique, des positions discursives différenciées repérable dans notre corpus ; or on ne peut que constater la permanence et le caractère indifférencié des contenus et de leur tonalité (sinon le plus souvent la parfaite identité textuelle des articles postés, quasiment dupliqués à l’identique sur tous les supports). L’absence de point de vue critique et la trop parfaite homogénéité des contenus informatifs est un indice intéressant de l’existence d’une stratégie d’influence.

Une autre hypothèse pouvant expliquer ce phénomène, serait relative au mode de production des contenus d’information par les medias Mainstream, qui relèverait désormais d’une simple rediffusion des dépêches des agences de presse et d’une pratique généralisée de la « copie » à peine remaniée des articles des confrères. La proximité formelle systématique entre les articles de différents titres de presse sur l’affaire Mediator (et sur d’autres sujets), interroge en effet les conditions de production médiatiques qui semblent pour la plupart relever d’une logique de réécriture et de reproduction inflationniste d’un contenu original qui ne représente au mieux que 5 à 10% du volume total des contenus postés sur le Web. Le phénomène est sans aucun doute bien réel et questionne clairement l’indépendance des médias, l’organisation et les objectifs des rédactions, les conditions de travail et les contraintes des journalistes …



L’analyse des contenus postés sur le web révèle les stratégies développées par les adversaires de Servier.

Néanmoins, ces pratiques ne sauraient expliquer à elles seules, les partis-pris et les thématiques développées sur l’affaire Servier, qui relèvent clairement de stratégies délibérées. Ainsi plusieurs « offensives » ont été développées au premier trimestre 2012, dans la continuité des périodes précédentes ; chacune constitue un volet efficace d’une politique globale d’ostracisation et de « Containment » des Laboratoires Servier, dont la cohérence est remarquable lorsqu’on en examine les contenus et la chronologie ; différentes « opérations » se succèdent ou se superposent :

-          L’amplification artificielle : la publication des résultats de l’étude de Mahmoud Zureik, épidémiologiste à l’INSERM qui avait déjà avancé un chiffre de 1000 à 2000 morts en 2010, dans une revue d’épidémiologie anglo-saxonne « Pharmacoepidemiology and Drug Safety » est massivement relayée par la presse et présentée comme une nouvelle étude confirmant les chiffres avancés précédemment. Or, il semble qu’il s’agisse d’une republication de l’étude initiale dont les résultats avaient été précédemment communiqués en France. Tous les medias et les CM sur Twitter la présentent pourtant comme une nouvelle étude, et aucun article ne semble interroger une possible tentative de crédibiliser des chiffres et une méthodologie qui avaient été précédemment sérieusement remis en question par des cardiologues experts des valvulopathies.

-          L’insinuation : la perquisition à l’Afssaps et au domicile de plusieurs de ses cadres menée sur commission rogatoire est dramatisée par les medias et présentée d’une manière qui fait « soupçonner l’existence avérée de manœuvres de corruption » au profit de Servier. La massivité des publications n’est évidemment pas neutre.

-          La divulgation d’informations erronées  : La « perquisition » au siège de Servier, qui s’avèrera n’être qu’un transport de Justice, et le « placement en garde à vue » de salariés, dans le cadre d’un enquête pour destruction de preuves, qui s’avèrera n’être qu’une simple audition de témoins, ont été très massivement relayés par les medias Mainstream et sur les réseaux sociaux ; malgré une « erreur » manifeste sur la qualification des évènements, les démentis et les corrections ont été forts rares ... Dans ce cadre, on peut légitimement soupçonner que cette présentation des faits reposait sur une intention délibérée de nuire et/ou de dramatiser la situation. Cette opération illustre parfaitement le principe qui guide une partie des actions des détracteurs de Servier : « accusez, il en restera toujours quelque chose » ; ce vieux principe retrouve une efficacité majeure sur le web.

-          La stigmatisation : la présentation d’un cas clinique d’atteinte des valves cardiaques est l’occasion d’établir un parallèle entre le médicament Mediator et la drogue Ecstasy. Le rapprochement est percutant, et terriblement efficace en termes de communication. Il n’a évidemment pas de visée informative, mais poursuit manifestement un objectif de stigmatisation du Mediator et surtout des Laboratoires Servier.

-          La manipulation de l’information : Le traitement d’une autre affaire concernant un autre médicament de Servier, le Protelos, est également significative de la priorité donnée à l’objectif d’ostracisation des Laboratoires Servier sur l’information, fusse au prix de petits arrangements avec la réalité des faits. L’agence européenne du médicament (EMA) qui avait été saisie par l’Afssaps, a confirmé un rapport bénéfice / risque positif du Protelos au grand dam de Xavier Bertrand et du directeur de l’Afssaps ; elle a assorti son rapport d’un renforcement des précautions de prescription. Les agences de presse AFP et APM et les medias mettent quasi exclusivement l’accent sur les « nouvelles restrictions de prescription » et passent sous silence le fond de l’affaire : le camouflé essuyé par les autorités françaises au niveau européen dans leur volonté de faire interdire un certain nombre des médicaments de Servier. Compte tenu des violentes campagnes médiatiques orchestrées dans la presse et sur les réseaux sociaux contre le Protelos à l’automne 2011, on comprend également qu’un certain nombre de protagonistes aient été particulièrement gênés par la décision de l’EMA. La situation de porte-à-faux était d’ailleurs d’autant plus intenable que, dans le même temps, le Protelos se révélait être également le premier médicament réellement efficace contre l’arthrose du genou.


Ces constats valident l’opérationnalité de notre méthode de recueil, d’analyse et de traitement de très larges corpus médiatiques, dans la maîtrise des stratégies discursives de nombreux acteurs impliqués sur un sujet. Ils valident la possibilité de déceler à la fois l’organisation interne des discours des émetteurs, mais aussi de leurs stratégies telle qu’elle se déploie dans la durée. Cependant, plusieurs questions méthodologiques se posent encore, notamment en ce qui concerne le traitement de corpus de textes très hétérogènes recueillis sur le web (les tweets Versus articles de Presse Versus textes de blogs Versus commentaires sur un forum …) ; le cas de l’affaire Mediator est, en l’occurrence, une plateforme d’expérimentation idéale pour tester et valider un certain nombre d’hypothèses et de méthodologies d’analyse, compte tenu du volume et de la diversité des contenus textuels produits sur une période suffisamment longue.

dimanche 25 mars 2012

Les communiqués de l’AFP et de l’APM sur le Protelos de Servier : des choix de rédaction bien étranges.


Les communiqués de l’AFP et de l’APM sur le Protelos de Servier : des choix de rédaction bien étranges.

L’affaire du Mediator est décidément riche d’enseignement ; nous nous étions fixé pour objectif le traitement comparatif des affaires (DSK, Bettencourt, Karachi ….) mais celles-ci ne génèrent plus un volume de contenu suffisant pour permettre des comparaisons pertinentes ; la campagne présidentielle emplit l’espace médiatique et sature les réseaux sociaux, le drame de Toulouse et de Montauban a seul pu mobiliser les médias et ouvrir une brèche en provoquant une suspension de la campagne. Seul, pas tout à fait ! L’affaire Servier demeure la seule affaire qui mobilise avec une constance remarquable le Web et les médias. Certes, l’imminence du premier procès, juste après l’élection, l’ampleur du scandale et ses profondes répercussions sur le système de Santé, expliquent pour partie la mobilisation observée, mais d’autres éléments semblent manifestement être à l’œuvre.
Le traitement de cette affaire par les médias est à lui seul révélateur du jeu des acteurs, qu’il soit transparent ou masqué. Nous avons donc choisi de lui consacrer encore quelques papiers.
En l’espèce, le dernier rebondissement de cette affaire concerne le Protelos, un autre médicament commercialisé par Servier (pour les problèmes d’ostéoporose). Dans le climat de suspicion généralisée entourant les pratiques des Laboratoires Servier, ce dernier a fait l’objet d’une attaque en règle de la part des pouvoirs publics.
Les derniers rebondissements de l’affaire du Protelos illustrent parfaitement les questions que pose la restitution des faits par les médias, et au-delà, interroge le statut de la vérité journalistique.
Sauf à être un acteur particulièrement informé du sujet, ou comme nous-mêmes (et sans doute quelques autres !) à disposer d’un outil performant d’analyse sémantique (encore en cours de conception, je vous l’accorde), la compréhension des enjeux qui traverse certains messages est nécessairement tronquée, voire biaisée.
Les rapprochements thématiques effectués par notre logiciel sur les articles concernant le Protelos de Servier, ces 10 derniers jours, faisaient apparaître un écart singulier entre le communiqué de l’Agence Européenne du Médicament (EMA) et les communiqués de l’AFP et de l’APM qui en rendaient compte et qui ont ensuite été massivement repris par les médias et sur les réseaux sociaux.

Une traduction fidèle mais « orientée »

Le communiqué de l’EMA rend ses conclusions sur le rapport bénéfice / risque du Protelos dont il était chargé de la réévaluation. Selon les termes du titre du communiqué, il confirme un rapport bénéfice / risque positif, mais recommande de nouvelles contre indications :
« L’EMA (Agence Européenne des Médicaments) confirme le rapport Bénéfice / Risque positif du Protelos / Osseor, mais recommande de nouvelles contre-indications et une révision des avertissements de prescription. »
Curieusement, le communiqué de l’AFP titre « Nouvelles contre-indications pour le Protelos » et celui de l’APM « Le CMUH (comité des médicaments à usage humain de l’EMA) recommande une restriction des indications de l’anti-ostéoporotique Protelos »

Si en soi, l’information est parfaitement exacte, il est par contre évident que ces titres sont particulièrement sélectifs et focalisent le message exclusivement sur le renforcement des contre-indications, en « omettant » de signaler l’information principale : la confirmation par l’EMA d’un rapport bénéfice / risque positif du Protelos.
Au-delà des titres, la hiérarchisation des informations dans les communiqués accentue encore la différence avec le communiqué original de l’EMA. Ainsi, l’AFP développe le sous-titre « L’agence européenne du médicament déconseille l’utilisation de cet anti-ostéoporose des laboratoires Servier aux personnes immobilisées ou souffrant de troubles thrombo-emboliques veineux »

Ces communiqués d’agence de presse ont bien sûr été largement rediffusés par les médias « mainstream » et sur les réseaux sociaux, avec une mise en exergue massive de cette information (les nouvelles contre-indications) au détriment de l’information initiale majeure, désormais secondarisée (l’évaluation positive du rapport bénéfice / risque du Protelos).

« D’un discours qui ne serait pas du semblant » : les raisons d’une réécriture du communiqué de l’EMA

Cette étrange interprétation du communiqué de l’EMA pose évidemment la question des raisons qui ont présidé à ce renversement de la hiérarchie des informations : mise en avant des contre-indications et minoration de l’évaluation positive du Protelos.
On pourrait raisonnablement penser que l’annonce de contre-indications renforcées a été jugée prioritaire, pour des raisons d’efficacité informative : alerte aux médecins et aux patients. C’est peu probable, puisque ces informations seront relayées officiellement par l’Afssaps.

Une autre hypothèse beaucoup plus crédible se dégage, mais aussi plus dérangeante, au regard des péripéties de l’affaire « Protelos » : la difficulté à reconnaître une décision qui contredit sur le fond, les positions prises officiellement par les autorités françaises, les « adversaires » déclarés de Servier et les médias : l’Afssaps, le Ministre de la Santé Xavier Bertrand, les socialistes Gérard Bapt, Jean-Marie Le Guen ….
En effet, la reconnaissance par l’EMA que « le Protelos demeure un traitement important de l’ostéoporose » ruine tout un pan de l’argumentation des parties adverses de Servier, qui s’étaient bien imprudemment risqués à affirmer que le scandale du Protelos préfigurait le scandale du Mediator.
On trouve paradoxalement la confirmation de cette hypothèse, dans un article d’Anne Jouan du Figaro, pourtant peu susceptible de sympathie pour Servier. Elle y décrit le projet des autorités politiques et de Santé de « Tuer le médicament ».


La reconnaissance par l’EMA que le Protelos est un médicament important dans le traitement de l’ostéoporose est donc un coup dur pour le Ministre et l’Afssaps qui avaient envoyé à tous les médecins une mise en garde pour le moins radicale, et on comprend que les communiqués essaient de passer sous silence les conséquences de cette décision.

C’est aussi un camouflet dont les conséquences sont désastreuses pour des adversaires radicaux de Servier, Gérard Bapt et Libération, dont un journaliste Yann Philippin et le directeur Nicolas Demorand, ont d’ailleurs été tous les 3 poursuivis pour diffamation suite à leurs articles sur le Protelos, dénonçant des méthodes « perverses » chez Servier et le fait que le laboratoire « avait bien érigé le mensonge et la manipulation en modèle économique ».


Les libellés des communiqués des agences de presse sont donc probablement orientés pour passer sous silence ces éléments très gênants pour un certain nombre de protagonistes de l’affaire, dont les médias. Il est d’ailleurs intéressant de relire les articles sur le Protelos des grands journaux comme Le Figaro, Libération, Le Monde, Le nouvel Observateur à l’aune de cette décision ….. La manipulation de l’information est évidente, et l’on ne peut que s’interroger sur les liens d’intérêt entre des acteurs si différents que Xavier Bertrand, Gérard Bapt, Libération, Le Figaro, l’AFP et l’APM.
En septembre 2011, Libération, s’appuyant sur un rapport de l’Afssaps, développe des articles particulièrement à charge sur Servier et les pratiques en vigueur dans ses laboratoires, allant même jusqu’à parler de « poisons » pour qualifier ses médicaments et de « système de dissimulation »



Le Monde, reprenant ces informations, suggère des similitudes avec l’affaire du Mediator et pointe l’imminence d’un nouveau scandale : « Comme pour le Mediator, Servier aurait falsifié des documents relatifs à un autre médicament, le Protelos, qui serait, là encore, plus dangereux que ce que le laboratoire laisse entendre » et signale 2 morts d’un « syndrome d’hypersensibilité médicamenteuse (syndrome DRESS) liées apparemment au Protelos.

Le Nouvel Observateur titre, quant à lui « Protelos, de nouveaux morts sur ordonnances » et rappelle, dans un article signé par Anne Crignon, les accusations de dissimulation révélées par Libération, l’alerte lancée par la revue Prescrire « 884 effets indésirables, dont 199 graves et la mort de 8 patients » pour conclure en citant un spécialiste de pharmaco vigilance, que « tous les médicaments (de Servier) étaient dangereux »

On n’aurait pas fini dans la citation de tous les articles ayant condamné Servier sur cette affaire du Protelos, en dehors de toute confirmation judiciaire et avec une véhémence qui confine à la malveillance pilotée plutôt qu’à la mission d’information.
Au-delà, c’est l’indépendance et l’objectivité des agences de presse et des journalistes qui posent à tout le moins question.

Le coup de pied de l’âne : Protelos serait le premier médicament efficace contre l’arthrose

Last but not Least, les derniers communiqués parus cette semaine sur le Protelos, font état d’une efficacité reconnue du médicament sur l’arthrose, présentés au second IOF-ESCEO Pre-clinical Symposium des 23 et 24 mars à Bordeaux.

Nul doute que cette communication gêne encore plus les adversaires de Servier qui tablaient sur une affaire confirmant la culpabilité de Servier sur l’ensemble de ses pratiques et nourrissant le dossier à charge dans l’affaire du Mediator. On remarquera que la plupart des articles parus sur ces nouvelles performances du médicament sont en anglais … les medias français peinent à relayer une information qui contredit par trop ce qu’ils ont pu écrire précédemment !

L’analyse des discours médiatiques : une nécessité démocratique

« Le diable se cache dans les détails » et ce cas de manipulation adroite de l’information, rend compte des subtilités de la manipulation de l’opinion, délibérée ou non, par un système médiatique qui, contrairement aux idées reçues, a une certaine mémoire, celle de ses erreurs ou plutôt de ses « petits arrangements entre amis » qu’elle s’emploie laborieusement à faire oublier. Les analyses de fond diachroniques et synchroniques sur le traitement médiatique d’une affaire, ont cette vertu (du moins nous l’espérons) de donner à l’opinion (nos lecteurs) une perspective critique et une mémoire, en regard « la société du spectacle » telle que la théorisait Debord ou Bourdieu et Baudrillard.
Elles rendent compte du peu de crédibilité de l’information médiatique, et du regard distancié et critique qu’il s’agit de porter sur les informations qu’elle délivre. Elles révèlent aussi les « confluences » d’intérêt pour le moins préoccupantes dans une démocratie, entre la presse et certains acteurs politiques et économiques. Elles interrogent sur le fond le statut de l’information et les mécanismes subtils d’une manipulation qui peut s’opérer sans nécessairement reposer sur des contre-vérités.
Apparemment la bataille contre Servier n’est pas gagnée et nous seront attentifs aux développements de cette passionnante affaire érigée en cas d’école de la propagande moderne. Un autre médicament des laboratoires Servier a été pareillement mis en accusation, le Vastarel, et nous attendons les décisions qui seront prises au niveau européen, manifestement plus objectif dans cette affaire que la France, et le traitement médiatique qui en sera fait, pour vous en informer.

mardi 27 décembre 2011

Les stratégies des acteurs dans le traitement médiatique de l’affaire Servier : une logique d’influence qui semble supplanter la logique d’information


LES STRATEGIES DES ACTEURS DANS LE TRAITEMENT MEDIATIQUE DE L’AFFAIRE SERVIER : UNE LOGIQUE D’INFLUENCE QUI SEMBLE SUPPLANTER LA LOGIQUE D’INFORMATION


Nous avions parlé dans un précédent article, de la présence de robots « Mangas » qui avaient relayé automatiquement 511 fois le message suivant « Mediator Protelos les laboratoires Servier en plein scandale http://RScDNpMG ».

Il s’agissait des robots suivants :



Ce lien renvoyait sur un Blog non – off hébergeant un article « à charge » contre les laboratoires Servier et un autre de leur produit, le Protelos, avec une photo du produit mais peu de contenu véritablement documenté.

Cette pratique, caractéristique des stratégies d’influence des agences de communication spécialisées, poursuit clairement un objectif de dénigrement des Laboratoires Servier, en s’attaquant à l’ensemble des produits du Laboratoire pharmaceutique, à commencer par le Protélos et le Vastarel (mis en cause dans l’article), et en tentant de crédibiliser la thèse d’un fonctionnement délictueux systématique et généralisé des Laboratoires Servier. Au-delà du Mediator, l’article tente d’insinuer qu’il ne s’agit pas d’un accident médical isolé, mais d’une véritable pratique systématique et intentionnelle de tromperie et de dissimulation.

S’il est évidemment impossible pour des chercheurs d’identifier directement les acteurs à la manœuvre derrière ce type de manipulation de l’opinion publique, il nous est par contre apparu envisageable de déterminer si d’autres actions identiques ou coordonnées avec celle-ci, avaient été conduites dans les derniers mois, et si nos outils d’analyse étaient capables de les repérer.

Nous n’avons pas pu , pour le moment, identifier formellement d’autres robots Mangas, mais d’autres moyens semblent avoir été mobilisés par les antagonistes des Laboratoires Servier, afin de générer un maximum de Posts négatifs et d’en saturer le web. Là encore, les outils d’analyse sémantique ont permis d’identifier des sources systématiquement hostiles aux Laboratoires Servier, très actives, et dont les posts se distinguent spécifiquement de l’ensemble des messages produits, à la fois en terme de chronologie et de contenus postés.

Twitter apparaît à nouveau comme le média d’influence utilisé : sur la période d’Octobre 2010 à Avril 2011, qui couvre notre premier corpus d’analyse, un certain nombre de profils, très actifs et critiques, relaient systématiquement les articles et messages les plus hostiles aux Laboratoires Servier. Ces profils sont toujours actifs aujourd’hui et nous analyserons ultérieurement leur activité sur la seconde partie de notre corpus de verbatims, couvrant la période De Juin 2011 à Décembre 2011.

La systématicité des posts produits par ces profils, la coordination de leurs activités respectives, et la nature et les contenus des messages et des liens délivrés accréditent un statut de profils de commande. Il s’agit vraisemblablement de profils créés spécifiquement par une agence de communication (sans doute la même que pour les robots « Mangas ») ayant pour mission de ternir médiatiquement l’e-réputation des Laboratoires Servier.

Certains de ces profils repérés sont encore aujourd’hui accessibles sur Twitter :

-          Jallatte

-          Hospidroit (Omar Yahia) associé à un blog : http://www.hospidroit.net

-          Pharmabolix associé également à un blog : http://www.pharmabolix.com


Ainsi, les outils d’analyse des corpus massifs de posts sur le web, rendent accessibles des éléments habituellement très difficiles à repérer dans la masse des messages éditer sur le web.

Au-delà de l’intérêt de ce type de résultats, ils demeurent singuliers et collatéraux dans le cadre d’une démarche scientifique qui se donne pour objet les possibilités et les questions méthodologiques associées à l’analyse des corpus lourds.

Ce type de découverte est troublante dans la mesure où elle met en relief l’existence d’une démarche de dénigrement active des Laboratoires Servier  sur le web ; elle pose donc la question à la fois de l’identité, des motivations et des intérêts des adversaires de Servier, qui justifient un tel investissement … et bien entendu, interroge fondamentalement la réalité des faits présentés et les enjeux réels de cette affaire.

On peut également s’interroger sur l’absence de toute démarche d’investigation des médias ou de réaction de la communauté des internautes sur l’existence de ce type de manœuvre, qui soit est passée inaperçue, soit est tolérée sur la toile.


Les logiques argumentatives à l’œuvre dans le traitement médiatique de l’affaire Mediator


LES LOGIQUES ARGUMENTATIVES A L’ŒUVRE DANS LE TRAITEMENT MEDIATIQUE DE L’AFFAIRE MEDIATOR



Les premières analyses du corpus de verbatims autour de l’affaire « Mediator » ou affaire « Servier » procèdent d’une double analyse :

-          Une analyse lexicale et sémantique permettant de définir les bassins sémantiques qui structurent les discours et les conversations Online sur le sujet, et de pondérer le poids des lexiques et des thématiques mobilisées. Cette analyse a pour objectif spécifique de déterminer la structure d’un corpus comportant plusieurs milliers de verbatims, et donner des premières indications sur les éléments lexicaux récurrents et les thématiques associées.



-          Une analyse classique de contenus, permettant de définir les logiques argumentatives et rhétoriques mises en œuvre par les différents émetteurs sur le sujet en cernant les évolutions dans le temps. Cette démarche poursuit dans un premier temps, une visée heuristique destinée à interroger les mécanismes du traitement médiatique des « affaires » pour en tirer éventuellement des règles ou des invariants.



Les logiques argumentatives à l’œuvre s’appuient pour une large part, sur des énoncés journalistiques factuels qui relatent les éléments de l’affaire en fonction de la chronologie judiciaire. Les posts des médias Mainstream renvoient à un logique de « révélation » d’une affaire, s’appuyant sur les éléments d’information délivrés essentiellement par le rapport de l’Igas, les annonces du Ministre de la Santé, Xavier Bertrand, du député Gérard Bapt, et du médecin à l’origine de l’affaire Irène Frachon.

Rappelons la chronologie des grandes étapes du développement médiatique de l’affaire telle qu’elle peut être reconstituée par l’analyse des posts sur le Web dans une première période analysée entre Octobre 2010 et Avril 2011 (compte tenu de l’inflation des verbatims, la chronologie de la seconde période jusqu’en Décembre 2011 est encore en cours d’analyse et sera délivrée ultérieurement). :

-          Octobre 2010 : Diffusion massive de l’information sur la dangerosité du Mediator et l’émergence de l’affaire dans les médias comme un scandale médical.

-          Novembre 2010 : Diffusion du nombre de morts projetés : 500 à 2000.

-          Décembre 2010 : Propagation des chiffres du nombre de victimes potentielles sur le Web. Les chiffres prennent une dimension quasi officielle par le seul effet de la répétition systématique des données diffusées par l’étude de l’épidémiologiste Catherine Hill.

         Janvier 2011 : Annonce d’un dépôt de 110 plaintes tandis que « Seulement » 3 décès sont reconnus par Jacques Servier ; Focalisation sur la remise de Grand Croix de la légion d’honneur à Jacques Servier ;  les médias mettent l’accent sur les tensions entre Xavier Bertrand et Jacques Servier.

         Février 2011 : Diffusion de la liste des médicaments mis sous surveillance. Ouverture des instructions pour Tromperie et homicides involontaires ; focalisation sur les conclusions du rapport de l’IGAS accablant les Laboratoires Servier ; annonce des évictions à l’AFSSAPS ; relation de « l’Affaire » de Brest dénoncée par Gérard Bapt, Irène Frachon, Gérard  Bapt et Dominique Courtois.

-          Mars 2011 : Passage des Laboratoires Servier devant la Commission ; médiatisation massive des interventions de Irène Frachon, « lanceur d’alerte » : Proposition de création d’un fonds d’indemnisation par les Laboratoires Servier pour les personnes exclues du dispositif mis en place par la loi Kouchner ; annonces de dépôts massifs de plaintes ; « Bras de fer » entre le Ministre de la Santé Xavier Bertrand et Jacques Servier.

         Avril 2011 : Début des mises en cause de médecins et premières actions en justice contre eux ; décision de création du Fonds d’indemnisation de l’ONIAM ; révélations de « censure » dans la presse médicale ; relation de la « passe d’armes » qui continue entre Xavier Bertrand et Jacques Servier: Menace de pénalités pour les laboratoires Servier


Cependant, si les éléments issus des médias Mainstream relèvent pour la plupart du simple récit des faits juridiques et des prises de positions des acteurs antagonistes (Les Laboratoires Servier VS le Ministère de la Santé, l’Afssaps, le docteur Irène Frachon, les avocats des « victimes » …), un certain nombre de posts relèvent d’autres logiques :

-          Des réactions d’indignation d’internautes qui se développent sur le « Web profond » (commentaires d’articles, tweets, blogs, forums) et dressent un tableau intéressant des mécanismes de la condamnation morale par l’opinion publique. Les ressorts de l’indignation et de la condamnation morale sont d’ailleurs très variés et associent fréquemment et étroitement des registres très éloignés de l’affaire Mediator proprement dite (la dénonciation des « scandales politico-médiatiques » ayant défrayé la chronique ces dernières années (Karachi, Bettancourt, …). L’Affaire Mediator apparaît alors comme un avatar supplémentaire de la stigmatisation des « élites » dans leur globalité, et relève de l’expression d’un véritable divorce entre ces internautes et le fonctionnement réprouvé des institutions et du monde politique.

-          Des articles journalistiques particulièrement à charge, avec une constance dans le ton et une récurrence si systématique, qu’ils ont été automatiquement repérés et isolés par les logiciels d’analyse lexicale et par l’analyse thématico-sémantique. Cette classe particulière d’articles est alimentée par un très faible nombre de journalistes, et sur des supports également en nombre restreint ; il s’agit par exemple des articles signés de la journaliste Anne Jouan, et des sites du Figaro ou de Libération (pourtant habituellement très opposés en terme de ligne éditoriale). Une analyse spécifique de cette classe d’articles comparativement aux autres productions journalistiques, est en cours pour en caractériser et en comprendre la logique argumentative et fera l’objet d’une publication ultérieure. En effet ces articles se caractérisent par une stigmatisation particulièrement violente du principal protagoniste, les Laboratoires Servier, en particulier aux dates clefs du déroulement de l’instruction, qui appelle plusieurs questions sur leur caractère très discriminant.

La catégorisation et l’analyse des grands registres de discours médiatiques sur une Affaire en cours offre ainsi la possibilité de porter un regard nouveau sur les processus de production de contenus sur le Web, la construction de l’opinion publique, et les jeux et enjeux des acteurs qui se révèlent clairement dans les structures mêmes d’un corpus massif de messages et de textes. Nous en feront une analyse exhaustive au cours des prochaines semaines afin d’éprouver nos méthodologies et de vérifier plus avant un certain nombre d’hypothèses sur les stratégies médiatiques des acteurs antagonistes sur cette affaire Mediator.


Le traitement médiatique des affaires

LE TRAITEMENT MEDAITIQUE DES « SCANDALES »

Plusieurs « affaires » ont récemment défrayé la scène médiatique : l’affaire Bettancourt, l’affaire DSK et le scandale du Mediator. Qu’est-ce qui confère à ces évènements d’actualité judiciaire, leur statut si particulier dans les médias ? Quels sont les ressorts de la véritable fascination qu’ils exercent sur l’opinion publique ?
Chacune de ces « affaires » partagent  plusieurs points communs : elles impliquent des personnalités de premier plan, mais surtout elles se constituent comme des évènements que réprouve l’opinion publique ; au-delà de la caractérisation d’un délit, et avant même que celui-ci soit établi et jugé, elles renvoient chacune à la transgression d’un interdit moral qui souligne les rapports ambigus qu’entretient la société française avec les « puissants », détenteurs d’un pouvoir économique ou politique.
Il ne s’agit bien évidemment pas pour nous, d’analyser le fond de ces affaires, dont la vérité judiciaire n’est évidemment pas de notre ressort, mais de nous intéresser à leur traitement médiatique, afin de comprendre ce qu’elles révèlent de notre société, des représentations qui la traversent, de ses valeurs et de ses interdits, mais aussi ce qu’elles mettent au jour du fonctionnement des médias, dans le traitement qu’ils font de ce type d’affaires.

La logique de publication :
Pour chacune de ces affaires, un corpus a été constitué grâce à des outils de veille sur le Net, à l’aide de mots clefs permettant d’aspirer les contenus et de les identifier en fonction des sources (catégorisées par type d’émetteurs).
La publication des articles n’obéit pas à un ordre précis mais relève d’une logique purement pragmatique en fonction des éléments d’analyse disponibles à date. Les articles de fond nécessitant une certaine prise de distance ne seront publiés que dans quelques semaines.
Des 3 affaires traitées, l’affaire « Mediator » étant celle qui continue à générer des contenus massifs, nous commencerons par publier nos premiers articles sur celle-ci avant de mettre en perspective le traitement médiatique dont elle a fait l’objet, en comparatif avec ceux des 2 autres affaires ayant défrayé la chronique ces derniers mois.
LE TRAITEMENT MEDIATIQUE DE L’AFFAIRE « MEDIATOR » : LA QUESTION DE LA MANIPULATION DES CONTENUS SUR LE WEB

Une analyse d’un premier corpus de 15 000 verbatims publiés en 2011 sur l’Affaire « Mediator » ou Affaire « Servier » pose des problèmes et des questions inédites révélés par les premiers traitements de ce corpus rassemblant des contenus issus des Medias « Mainstream », des Blogs et Forums communautaires, des commentaires d’internautes et de Twitter.

Premier constat : une très forte homogénéité lexicale des verbatims issus des médias Mainstream sur le Web :
La redondance des verbatims est particulièrement marquée sur cette affaire : le même communiqué, le même texte est souvent repris par tous les sites (les messages originaux ne représentent que 5 à 15% du volume total des Posts).

Exemple Princeps :
« Destiné aux diabétiques en surpoids, mais largement prescrit comme coupe faim,
le Mediator a causé de 500 à 2000 décès, selon plusieurs études »

Ce phénomène de répétition tend, au cours du temps à associer à l’affaire des représentations particulièrement figées, qui passent d’ailleurs d’un statut d’hypothèse prudente (au conditionnel) à un statut de « fait établi » (affirmation) que souligne la dérive des énoncés sur les 12 derniers mois.

Ce constat appelle plusieurs hypothèses sur les conditions de productions de contenus aboutissant à cette répétition massive :
-          Le fonctionnement même de la production de contenus sur le Web procédant par répétition et reprise de contenus issus des médias Mainstream ou des dépêches de l’AFP : un mécanisme de « propagation » qui génère une certaine homogénéité « artificialisante » des contenus.
-          Les contraintes de référencement et la compétition entre les medias, par la mise en exergue de mots clefs « taggés » identiques, et qui cristallisent mécaniquement des formules lexicales figées.
-          Last but not least, une intentionnalité de certains acteurs ou émetteurs à imposer et répéter un type de message.


Second constat : des robots « Mangas » chargés de propager massivement des messages sur les Laboratoires Servier sur le net.

La dernière hypothèse était a priori la moins plausible ; néanmoins il semblerait, à notre grande surprise qu’elle ne soit pas dénuée de pertinence.
Une analyse diachronique et synchronique des posts rendait compte d’une répétition régulière et pour le moins singulière d’un message posté avec une fréquence d’une fois par jour sur une période de plusieurs mois et à partir de plusieurs comptes.
Le message suivant « Mediator Protelos les laboratoires Servier en plein scandale http://RScDNpMG » a été retweeté 511 fois sur la période, ce qui lui donnait une importance majeure dans le corpus analysé, sans que le libellé ne justifie cette importance. Il renvoyait à un Blog non –off sur lequel un article « à charge » contre les laboratoires Servier et un autre de leur produit, le Protelos, avec une photo du produit mais peu de contenu véritablement documenté.
Ces robots « Mangas » étaient identifiés  hiroshigirl, cleamounette, ladyoscar, mylenana, roussiama, gisetta. Ils semblent avoir cessé leur activité de manière inexplicable le mois dernier.
La question de la présence de ces robots et de leur activité semble impliquer une action coordonnée de la part d’un émetteur, visant à incriminer un autre produit des Laboratoires Servier, le Protelos. Si cet émetteur n’est pas identifié, les moyens utilisés sont suffisamment sophistiqués pour qu’il ne s’agisse pas d’un particulier, mais d’un acteur spécialisé de la communication (une agence de communication sur le Web ?) ; ce type d’activité pose bien entendu la question de son commanditaire, opposant des Laboratoires Servier, et qui ne saurait être qu’un acteur privé important (un Laboratoire concurrent ? Un groupe de pression ?), ou une institution publique (un Ministère ? Un organisme public ?) qui aurait eu intérêt à ce que l’affaire du Mediator se prolonge sur une affaire Protelos.
Au-delà de ces hypothèses, qu’il nous est impossible de vérifier, ce cas de manipulation médiatique pose clairement la question de l’objectivité des contenus médiatiques postés sur le web et en particulier, des enjeux et stratégies d’influence qui leur sont associés.
Néanmoins, l’analyse de corpus importants semble d’ores et déjà permettre de révéler les stratégies des acteurs postant des contenus sur un sujet. Nous approfondirons ces aspects dans un prochain article sur les résultats d’une analyse des co présences et co absences lexicales dans les corpus traité.